
Laurent Flutsch
Edito
D’une pierre deux couples
Querelles d’experts, bataille de chiffres et sac de nœuds : si désormais on imposait les époux individuellement, comme on le fait pour les concubins, certains y gagneraient un brin et d’autres y perdraient un poil, expliquent partisans et opposants pour qui les ajustements seraient justes ou injustes. Calcul au coup par coup du coût par couple, selon les cas de figure, la répartition des revenus, les systèmes de taxation et le sens du vent. Qui croire et comment voter ? Allez savoir.
Pour tenter de se faire une vague idée, mieux vaut donc s’en tenir au principe : la cohérence et l’égalité. Comme on n’est plus au temps où vivre « à la colle » était une ignominieuse atteinte aux bonnes mœurs, au nom de quoi le fait de pratiquer ou non le vieux rite du mariage devrait-il déterminer le sort fiscal des personnes ? D’autant que deux couples mariés sur cinq divorcent. D’où changements de statuts et de déclarations avec, souvent, un foutoir innommable d’impôts en rade et d’iniquités. Et si les divorcés se remarient, ça rechange tout. Et s’ils redivorcent ça rerechange tout. N’en déplaise aux adversaires de la réforme qui peignent sur la muraille le surcroît administratif qu’elle entraînerait, ce micmac aussi coûte cher en bureaucratie. En finir avec ce fourbi ressemble à du bon sens.
Reste, pour trancher, à voir un peu qui est contre. L’UDC bien sûr, l’Union démocratique fédérale d’extrême droite, bigote et complotiste, le Parti évangélique et le Centre, alias Parti démocrate-chrétien très catholique. Au comité figure aussi IG Familie 3plus, défenseuse très chrétienne des familles nombreuses. Une alliance de réactionnaires et de dévots chaussant leurs heuses moyenâgeuses pour défendre leur conception du mariage sacré. Voilà qui éclaire un peu mieux les choses.
Bon, c’est assez simple, en fin de compte. Il n’y a plus qu’à voter. Et à espérer que le soir du 8 mars, tous ces adversaires rigides et surannés de l’imposition individuelle des couples mariés ne seront pas à la noce.
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