
Sebastian Dieguez
Edito
Laissez la fin du monde tranquille !
C’est la guerre bientôt partout, le climat est à l’agonie, l’économie est à la dérive, le fascisme est à nos portes, personne n’est informé correctement, la culture est aux abois, et tout le monde s’en fout. Mais le vrai, le plus urgent danger, c’est l’IA ! Voilà ce qui va nous tuer : une machine à plagier qui ne marche pas et qui n’a aucune application réelle, à part faire de la musique de merde et répondre (mal) à vos questions stupides. La fin du monde est proche, brrr !
Et d’où vient cette terrible mise en garde ? Des mêmes crétins incompétents qui cherchent à vendre cette camelote. Imaginons une seconde que les fabricants de cigarettes ou les marchands d’amiante aient expliqué d’emblée qu’ils comptaient produire et vendre une saloperie nocive pour l’Humanité. On aurait immédiatement mis ces pourritures en prison et illico interdit leur business, non ? Mais évidemment, pour ce qui est de l’IA, on sait bien que ces avertissements sont complètement bidon.
C’est simple à comprendre. L’IA repose sur une mythologie du risque, de l’incertitude, de la transgression et du chaos. Sans cela, au lieu de Terminator ou de Blade Runner, on se retrouve avec une version interactive de Maître Capello, en moins cultivé et un peu bourré. Or cette merde, malgré des milliards d’investissements continus, reste incapable de générer des profits et ne produit que des problèmes, pour lesquels quelqu’un devra bien payer un jour ou l’autre. Et tout ce que les responsables de cette débâcle ont donc trouvé pour se disculper à l’avance, c’est la fin du monde, telle une vulgaire secte apocalyptique. Quelle imagination !
Et il faudrait compter sur ces mêmes nazis, lâches et fraudeurs, manipulateurs et abuseurs d’enfants, des pollueurs et exploiteurs, cuistres, incultes et égoïstes, qui n’ont au surplus jamais rien inventé, pour nous sauver ? Merci pour tant de sollicitude, mais il faudrait plutôt se demander si un truc qui parvient à gâcher même la fin du monde mérite simplement d’exister.
Nos hors-séries
Chaque année au mois de décembre, Vigousse publie un numéro hors-série thématique. Intitulé pompeusement Vigousse International, ce supplément grand format aborde des sujets essentiels comme la neige, la religion ou la pandémie avec l’ambition d’en dire le moins de choses sérieuses qu’il est possible.





















