
Sebastian Dieguez
Edito
Céline ou c’est l’autre
À l’instant où se joue dans le monde entier une lutte féroce entre les forces démocratiques et les factions nationalistes d’extrême droite, la Suisse entame, l’air de rien, le petit numéro délicieusement suranné qu’elle persiste à appeler « formule magique ». Tandis que çà et là, les fachos prennent ou perdent le pouvoir, dans ce lieu idyllique qu’est la Berne fédérale, où triomphent la démocratie directe et la volonté du peuple, c’est un parti d’extrême droite qui peut choisir, et imposer, lui tout seul et tout à son aise, le candidat de son choix pour un poste au sommet du pouvoir, et personne ne peut rien y redire. Ce qui tombe bien, puisque personne n’y trouve rien à redire.
Au contraire, c’est même l’extase ! Huit candidats, dont une Céline Amaudruz ! Trop génial, « on » va pouvoir comparer entre eux différents hommes blancs sérieux avec une cravate et un costume triste et une femme avec des enfants en bas âge, tous (et toute) provenant du même parti, lequel fera son choix, et fera ensuite savoir quel est son choix à ceux qui devront réaliser son vœu sans discuter. À moins que…
Un complot ! Mais oui, à moins d’un complot ! On appelle bien ça « la nuit des longs couteaux » ! Alors, pourquoi ne pas conspirer, et élire littéralement n’importe qui d’autre que les huit candidats chiants d’un parti qui qualifie ses opposants de « traîtres », de « parasites » et de « vendus » ? On a bien fait le coup avec Eveline Widmer-Schlumpf en 2007 et Otto Stich en 1983, et (presque) tout le monde s’en est très bien remis ! Après un viticulteur totalement quelconque, pourquoi pas une boulangère parmi d’autres, ou un garagiste insignifiant ? Et tiens, oui, à la rigueur, même une gestionnaire de fortune pétée de thunes pourrait très bien faire l’affaire, du moment que ça emmerde le boys club d’extrémistes nationalistes qui prétend dicter sa loi à tout le monde !
Franchement, pour une fois qu’on aurait le droit de réaliser un vrai complot pour de bon, pourquoi se priver ?
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