
Philippe Clément
Edito
La patiente patientèle s’impatiente
Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra ? Jusqu’à quand, Catilina, abuseras-tu de notre patience ? Le ras-le-bol ne date pas d’hier : ce cri de révolte de Cicéron retentissait en… 63 avant J.-C. déjà !
Le rapport avec le scandale de la répartition des rabais sur les médicaments ? Assez direct, en vérité : si Cicéron fustigeait Catilina, c’est parce que ce dernier, homme politique véreux, voulait renverser la République romaine, tuer les consuls et brûler la ville pour son seul profit.
Si les patients perdent patience aujourd’hui, c’est parce qu’après s’être vus étranglés, année après année, par l’augmentation vertigineuse des primes d’assurance maladie, ils découvrent aujourd’hui que la majeure partie des baisses de prix des médicaments, censée permettre de diminuer leurs primes, finit dans la poche des soignants.
S’indigner est donc une simple preuve d’intelligence face à une situation inique. Et ils se sentent d’autant plus trahis que ce sont leurs médecins et pharmaciens qui se goinfrent de la part de farce dont ils sont les dindons.
À y regarder de plus près, c’est tout le système qui est pourri. Loin de leur rôle « social », les assureurs n’ont qu’une seule vraie priorité : augmenter leurs bénéfices, ad nauseam. Au point de constituer des « réserves » d’une ampleur insolente. Soutenus en cela par une frange de politiciens avides qui noyautent la politique sanitaire pour favoriser les caisses au conseil desquelles ils siègent et par qui ils sont rétribués.
L’Office fédéral de la santé publique, lui, semble plongé dans un coma artificiel. Aucune réaction face à ce gâchis. Pas plus que face au dernier scandale des rabais sur les médicaments qui profitent aux hôpitaux, médecins et pharmaciens.
Les défenseurs des patients, eux, ne pèsent pas lourd face à cette armada. Du coup, le pékin n’a qu’un droit : payer. Encore. Toujours plus. Trop ! Le nombre d’assurés actuellement en poursuites pour primes impayées en est la preuve flagrante.
Alors si les médecins et les pharmaciens se mettent, eux aussi, à les tondre au lieu de les soigner, les moutons payeurs risquent bien de finir par s’étouffer avec la pilule.
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