
Stéphane Babey
Edito
Une pathétique chute sans fin
Chers lecteurs de Vigousse, sachez que vous êtes tous des traîtres, des fossoyeurs de la Suisse, des ennemis de l’intérieur. C’est en tout cas ce que dit de vous le premier parti du pays. Après une série de cuisantes défaites en votations, l’UDC a en effet présenté sa nouvelle stratégie : accuser tout le monde.
Vous me direz : ce n’est pas nouveau. Et c’est vrai. Comme chaque mouvement populiste, l’UDC base toute sa rhétorique sur des boucs émissaires chargés d’attirer la colère de ses électeurs. Un réflexe tribal qui fonctionne aujourd’hui aussi bien, voire mieux, qu’il y a 100 000 ans.
Le parti d’extrême droite a longtemps pris pour cibles les étrangers. Puis il s’est attaqué à la gauche en général, aux journalistes, aux wokes. Désormais, il décrète que toute personne qui ne vote pas UDC est un traître à la patrie.
On reconnaît bien entendu dans cette énième dérive vers la radicalisation les échos du trumpisme. Il est fort piquant que cette accusation provienne du seul parti de Suisse sous influence extérieure, aux ordres de Poutine comme du triste pantin de la Maison-Blanche. Mais c’est aussi à ça qu’on reconnaît les populistes : ils accusent sans cesse la planète entière de leurs propres crimes. Une tactique malheureusement assez efficace pour détourner l’attention de leurs ouailles. Il est vrai que ceux qui gobent déjà qu’un parti entièrement dévoué aux intérêts de quelques ultrariches défendrait en réalité les plus modestes sont mûrs pour avaler n’importe quels mensonges.
Le plus cocasse dans cette fuite en avant de l’UDC, c’est qu’à peu près tout le monde s’en contrefout. La soirée aux flambeaux devant le Palais fédéral pour dénoncer la corruption de tous les élus sauf eux n’a eu à peu près aucun écho. La conférence de presse solennelle où le parti a insulté tous les habitants du pays a été très peu relayée. Leur chute sans fin dans l’ignominie est d’autant plus pathétique que, tandis qu’ils s’agitent vainement pour attirer l’attention sur leurs poses de mascus de supérette, tous les regards sont tournés vers leur mentor Trump qui se prend une claque monumentale aux Midterms.
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